Sur le GR20, le premier motif d’abandon n’est ni un passage technique ni un col trop raide. C’est l’accumulation de fatigue sur plusieurs jours consécutifs, combinée à un sac trop lourd et à l’impossibilité de quitter le sentier rapidement. La difficulté du GR20 ne se résume pas à une cotation sur un topo : elle se vit dans la durée, et c’est là que la plupart des randonneurs décrochent.
GR20 difficulté : le piège de la fatigue cumulée plutôt que la pente
On imagine souvent que le GR20 bloque les randonneurs sur des passages d’escalade ou des dalles rocheuses exposées. La partie nord comporte effectivement des sections techniques, avec des mains courantes et des passages où il faut poser les mains. Mais ce n’est pas ce qui génère le plus d’abandons.
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Le vrai problème, c’est la fatigue cumulée après trois ou quatre étapes enchaînées. Chaque journée de marche dure plusieurs heures avec un dénivelé positif conséquent. Les nuits en refuge ou en bivouac ne permettent pas toujours une récupération complète. Dès la troisième étape, les genoux, les épaules et les pieds rappellent à l’ordre.
Les randonneurs qui ont l’habitude de sorties à la journée, même sportives, sous-estiment cette dimension. Marcher six ou sept heures avec un sac chargé une fois, c’est faisable. Le refaire le lendemain, puis le surlendemain, sur un terrain irrégulier, change complètement la donne.
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Poids du sac sur le GR20 : le facteur que tout le monde sous-estime
Le choix du matériel conditionne directement l’expérience. Un sac trop lourd transforme chaque montée en calvaire et accélère l’usure articulaire. Sur un trek de cette durée, chaque kilo superflu se paie à chaque étape.
Les retours varient sur ce point, mais un constat revient systématiquement : les randonneurs qui terminent le GR20 sans difficulté majeure sont ceux qui ont travaillé leur liste de matériel en amont. Pas en ajoutant « au cas où », mais en retirant tout ce qui n’est pas strictement nécessaire.
Ce qui alourdit le sac sans raison
- La nourriture pour l’intégralité du trek, alors que les refuges proposent des repas et qu’on peut se ravitailler à certaines étapes. Porter une autonomie alimentaire complète ajoute plusieurs kilos inutiles sur la première moitié du parcours.
- Un sac de couchage surdimensionné pour la saison. En été, les nuits en refuge ne descendent pas assez bas pour justifier un duvet grand froid. Un modèle adapté à la période suffit et pèse nettement moins.
- Du matériel GPS ou électronique en double. Le balisage du GR20 est fiable, et un seul appareil de navigation avec une batterie externe couvre largement les besoins.
Descendre sous un certain seuil de poids change radicalement le confort de marche, la vitesse de progression et la capacité de récupération entre les étapes.
Nord ou sud du GR20 : deux types de difficulté très différents
Traiter le GR20 comme un bloc homogène, c’est passer à côté d’une distinction qui compte pour la préparation. La partie nord est technique, la partie sud est un effort d’endurance. Les deux fatiguent, mais pas de la même façon.
Au nord, entre Calenzana et Vizzavona, on progresse sur des dalles, des pierriers, des arêtes. Il faut poser les mains, chercher ses appuis, rester concentré en permanence. La vitesse de marche chute, et les étapes prennent plus de temps que prévu.
Au sud, le terrain devient plus roulant, avec des sentiers en sous-bois et des pentes plus régulières. La technicité baisse, mais les distances augmentent. C’est là que la fatigue accumulée dans le nord se fait sentir. Des randonneurs bien entraînés physiquement mais peu habitués aux passages rocheux bloquent au nord. D’autres, à l’aise en montagne mais insuffisamment préparés à l’endurance, s’épuisent au sud.
Adapter sa stratégie de départ
Partir du sud (Conca) pour remonter vers le nord est une option que certains choisissent pour aborder les sections techniques avec des jambes encore fraîches. À l’inverse, commencer par le nord permet de gérer le plus dur avant que la fatigue ne s’installe, à condition d’avoir un minimum d’aisance sur terrain rocheux.
Le choix du sens de parcours n’est pas anodin. Il dépend du profil de chaque randonneur et de ses points faibles, pas d’une règle universelle.

Isolement et absence de sortie rapide : la pression psychologique du GR20
Ce facteur est rarement nommé dans les topos, mais il pèse lourd. Sur la plupart des GR en France métropolitaine, une route ou un village se trouve à quelques heures de marche. On peut écourter une étape, rejoindre une vallée, prendre un bus.
Sur le GR20, les points de sortie sont rares et espacés de plusieurs jours de marche. Une fois engagé sur certaines sections, il n’y a pas de raccourci. Si on se blesse légèrement, si la météo se dégrade, si la fatigue devient trop lourde, on continue ou on attend les secours. Cette absence de porte de sortie crée une charge mentale distincte.
Elle explique aussi pourquoi des randonneurs expérimentés sur d’autres itinéraires se retrouvent déstabilisés. La difficulté du GR20 n’est pas seulement physique ou technique : c’est aussi l’engagement psychologique d’un itinéraire sans échappatoire facile.
Première étape du GR20 : le filtre naturel
La première étape au départ de Calenzana concentre un dénivelé important et un terrain exigeant dès les premières heures. Elle agit comme un filtre : les randonneurs qui l’attaquent sans préparation physique suffisante ou avec un sac trop chargé comprennent rapidement que le rythme ne sera pas tenable sur la durée.
Plutôt que de voir cette première journée comme un obstacle, on peut l’utiliser comme un test. Si la progression est fluide, le sac supportable et la récupération en refuge correcte le soir, la suite a de bonnes chances de bien se passer. Si chaque montée devient une épreuve dès le premier jour, c’est le signal que quelque chose dans la préparation (condition physique, poids du sac, rythme de marche) doit être revu.
Le GR20 ne demande pas d’être un athlète. Il demande d’avoir anticipé ses propres limites, ajusté son matériel en conséquence, et accepté que la montagne corse impose un rythme qu’on ne choisit pas.

