Premier hôtel au monde : quelle est son histoire et où se situe-t-il ?

Aucune chaîne d’hôtels moderne n’a pu revendiquer la première place de l’histoire. Le Guinness World Records reconnaît le Nishiyama Onsen Keiunkan au Japon comme l’hôtel le plus ancien du monde encore en activité, fondé en 705. Son exploitation ininterrompue par la même famille depuis plus de 50 générations défie les logiques commerciales habituelles du secteur.

L’hôtellerie ne s’est pas construite sur des modèles universels, mais sur une succession d’initiatives locales, souvent motivées par des besoins très spécifiques, bien avant l’essor du tourisme de masse. Ce secteur s’est structuré autour d’exceptions qui, au fil des siècles, sont devenues des références.

Aux origines de l’hospitalité : comment l’hôtellerie a traversé les siècles

L’histoire de l’hôtellerie remonte à des époques où voyager représentait une vraie aventure. Dès le Moyen Âge, l’accueil du voyageur devient une nécessité : les routes se dessinent, les échanges commerciaux s’intensifient, les pèlerinages se multiplient. Partout en Europe, des auberges, appelées alors « ostels », voient le jour. Elles offrent un toit et un repas à ceux qui sillonnent le pays, souvent à proximité des routes principales. En France, ces premiers établissements s’ancrent aux carrefours stratégiques, assurant non seulement le gîte et le couvert, mais aussi une certaine sécurité contre les imprévus de la route.

À cette époque, l’auberge ne brille pas par le confort, mais par la chaleur de son accueil. La formule reste simple : une grande salle commune, des lits partagés, quelques chambres séparées pour les plus aisés. L’esprit bénédictin infuse les lieux : accueillir l’autre, c’est un devoir presque sacré. L’aubergiste, lui, est le chef d’orchestre de cette petite société de passage, garant du bien-être comme de la discipline, préfigurant déjà le rôle de l’hôtelier d’aujourd’hui.

Les villes grandissent, les routes se croisent, et avec elles, la demande de confort évolue. Progressivement, les « maisons meublées » se spécialisent, le personnel se professionnalise. En France, la Renaissance accélère ce mouvement : l’auberge rustique laisse place à l’établissement où le service prend une dimension nouvelle. On s’éloigne du simple abri pour tendre vers ce qui deviendra, des siècles plus tard, l’hôtel au sens moderne du terme.

Le premier hôtel au monde : mythe, réalité et localisation

La question du tout premier hôtel attise la curiosité, mais la réponse n’est jamais tranchée. Les archives hésitent, entre faits et légendes. Le mot « hôtel », tel qu’on l’entend aujourd’hui, un lieu payant, offrant des services, loin de la maison meublée ou de l’auberge d’antan, n’apparaît qu’assez tardivement.

Certains historiens situent la naissance du premier hôtel moderne à Paris, au XIXe siècle, à l’époque du Second Empire. La capitale française, déjà cosmopolite, attire une clientèle mondiale en quête de raffinement. L’ouverture du Ritz Paris, en 1898, fait figure d’événement. César Ritz, visionnaire, impose de nouveaux standards : salle de bains privée, éclairage électrique, service sur mesure. Pour beaucoup, le Ritz symbolise le passage de l’auberge traditionnelle au palace tel qu’on l’imagine aujourd’hui.

D’autres villes, d’autres établissements, avancent leurs prétentions. Londres, Genève, ou même des hôtels plus anciens, revendiquent ce titre, mais peinent à réunir tous les critères du modèle contemporain. Le Guinness World Records cite par exemple le First World Hotel & Plaza en Malaisie, non pour son ancienneté, mais pour sa capacité gigantesque. La notion de « premier » se confond alors avec celle de « plus imposant ». Au final, la question reste ouverte, mais Paris conserve un statut à part dans le récit collectif de l’hôtellerie mondiale.

Des auberges médiévales aux palaces contemporains, l’évolution des types d’hôtels

Pour saisir l’ampleur de la transformation, il suffit de regarder comment les types d’hôtels ont évolué au fil des siècles. À l’origine, l’auberge répond à un besoin immédiat : offrir abri, repas et sécurité. Ces établissements, souvent installés le long des routes commerciales ou de pèlerinage, accueillent voyageurs et marchands dans des conditions parfois frugales, mais avec un réel souci du bien-être des hôtes.

Puis, le XIXe siècle bouleverse les codes. L’avènement du palace, porté par des personnalités comme César Ritz, change la donne. Paris, Londres, Genève innovent : salles de bains privées, ascenseurs, conciergerie, cuisine orchestrée par de grands chefs, Auguste Escoffier au Ritz Paris en est l’exemple frappant. Ces avancées techniques et culturelles font naître une expérience client inédite et imposent de nouveaux standards dans le secteur du luxe.

Au XXe siècle, la diversité s’accélère. On voit émerger des chaînes comme Novotel, les design hôtels, ou encore les boutique-hôtels à la personnalité affirmée. En Asie, le First World Hotel & Plaza de Genting Highlands, en Malaisie, explose tous les compteurs de capacité. À La Mecque, l’Abraj Kudai se profile comme un mastodonte inédit. Aujourd’hui, l’industrie hôtelière mêle habilement tradition et innovations technologiques, entre palaces historiques et hôtels connectés à Las Vegas ou au Canada. Chaque établissement cherche à se distinguer, à offrir une expérience unique dans une concurrence mondialisée toujours plus intense.

Entrée d un vieux hotel japonais au bord d une forêt verdoyante

Pourquoi les hôtels historiques fascinent encore et participent à notre patrimoine culturel

Un hôtel centenaire n’est pas qu’un bâtiment : c’est un témoin silencieux de tant d’histoires. Passer la porte d’un palace ancien, c’est marcher sur les traces de rois, de reines, de grands artistes, des noms qui ont traversé les couloirs avant nous. À Paris, Bordeaux ou Cannes, ces adresses racontent la France d’hier tout autant que celle d’aujourd’hui. Les pierres, les moulures, chaque salon racontent une époque, un style, un pan de notre mémoire collective.

Préserver ces lieux ne relève pas d’un simple goût pour l’ancien. C’est un choix de transmission, un désir d’ancrage. Les voyageurs d’aujourd’hui cherchent souvent cette authenticité, ce supplément d’âme que seule l’épaisseur du temps peut offrir. Les hôteliers s’efforcent de maintenir ce patrimoine vivant, tout en intégrant le confort et la technologie moderne. L’enjeu : préserver la richesse du passé sans tourner le dos à l’agilité numérique, de la gestion de la réputation en ligne à la réservation instantanée.

Certains hôtels portent la trace d’événements majeurs comme la Première ou la Seconde Guerre mondiale. Leur histoire leur confère une dimension émotionnelle unique. D’autres, immortalisés par la littérature, pensons à Jean-Christophe Lefèvre ou à ces lieux devenus personnages de roman, attirent les passionnés d’histoire et de belles-lettres. Même le dictionnaire historique de la langue française leur consacre une place, signe de leur poids dans notre imaginaire.

Ces hôtels ne se contentent pas d’héberger : ils incarnent une mémoire vivante, nourrissent l’identité d’un lieu, d’une ville, d’une époque. Face à la standardisation, ils rappellent qu’un séjour peut se transformer en expérience inoubliable, où chaque mur résonne d’un écho venu d’ailleurs. Qui sait quelles histoires se tissent, aujourd’hui encore, derrière la porte d’un hôtel chargé de siècles ?