Message d’invité par Paul Mains
Plus de 40 millions d’habitants en Espagne, autant en Argentine. Deux pays majeurs de la sphère hispanophone, deux capitales à la réputation vibrante : Madrid et Buenos Aires. L’une bat au rythme de l’Europe, l’autre vit à l’heure de l’Amérique du Sud. Certes, elles partagent la même langue officielle, mais la ressemblance s’arrête là : des cultures qui se côtoient rarement, une distance de plus de 10 000 kilomètres, et des façons de parler qui ne trompent pas l’oreille avertie.
À Madrid, on parle l’« espagnol castillan », tandis qu’à Buenos Aires, on mise sur l’« espagnol rioplatense ». Sous un même drapeau linguistique, la réalité de la rue diffère nettement : accent, vocabulaire, grammaire, tout sépare les Madrilènes des Portègnes.
Madrid
Prononciation/Accent
Madrid : L’un des traits les plus reconnaissables de l’espagnol castillan est la fameuse « distinción ». Ce terme désigne la façon bien spécifique de prononcer les lettres « z » et « c ». À Madrid, lorsqu’un mot contient un « z » devant une voyelle, ou un « c » placé devant un « e » ou un « i », on ne prononce pas comme un simple « s » mais plutôt comme le « th » de l’anglais dans « thing ». Ainsi, « cinco » se prononce « thinco », « zorro » devient « thorro ». Impossible de les confondre avec un Madrilène.
Buenos Aires : À Buenos Aires, aucun « th » à l’horizon. Les « z » et « c » gardent le son doux du « s ». Mais la particularité locale, c’est ailleurs qu’elle se cache : la prononciation des « ll » et « y ». Là où d’autres hispanophones diraient « yo » (prononcé « yo »), un Argentin dira « zho ». Même chose pour « llamar » qui devient « zhamar ». Ce son « zh » marque instantanément le parler rioplatense.
Vocabulaire
Si l’on se penche sur le vocabulaire, les différences sautent aux yeux et à l’oreille, du langage argotique aux mots du quotidien. Voici quelques exemples concrets pour illustrer ces écarts.
Buenos Aires s’est forgé un argot populaire, le « lunfardo ». Présent dans de nombreux films argentins comme Nueve Reinas, il regorge de termes typiques : « afanar » (pour voler), « pibe/piba » (garçon/fille). Des mots sans équivalent dans le reste du monde hispanophone, qui trahissent immédiatement l’origine de celui qui les emploie.
Madrid, de son côté, a aussi ses tournures familières. Dans la capitale espagnole, entendre « ¡es la caña ! » (mot à mot « c’est la canne ») revient à dire « C’est génial ! ». Si quelqu’un vous demande de ne pas « dar la lata », comprenez qu’il vous demande d’arrêter de l’embêter.
Mais au-delà de l’argot, ce sont les mots du quotidien qui font parfois la différence. Les termes pour désigner la nourriture, les vêtements ou les objets usuels ne sont pas toujours les mêmes. Voici, pour s’y retrouver, quelques distinctions majeures entre les expressions madrilènes et portègnes :
Grammaire
Madrid : En grammaire aussi, Madrid se distingue. Ici, le pronom « vosotros » (vous, au pluriel informel) s’impose à l’oral comme à l’écrit, accompagné de ses propres conjugaisons. Dans la plupart des autres variantes de l’espagnol, on utilise « ustedes » à la place, conjugué comme la troisième personne du pluriel (« ellos/ellas »). Mais à Madrid, « vosotros » prend des terminaisons bien à lui : -áis, -éis ou -ís selon le verbe. Là où d’autres diraient « ustedes están », à Madrid on dit « vosotros estáis ».
Quelques différences entre l’espagnol d’Espagne et celui d’Argentine méritent d’être soulignées.
Buenos Aires : À Buenos Aires, « vosotros » n’existe tout simplement pas. À la place, le « vos » argentin fait figure d’exception. Rien à voir avec « vosotros » : « vos » sert à tutoyer au singulier, là où l’on attendrait « tú ». Si vous utilisez « tú », on vous comprendra, mais le décalage sera évident.
Ce pronom entraîne des conjugaisons spécifiques. Pour former le verbe, il suffit d’ôter le « r » de l’infinitif, d’ajouter un « s » et de déplacer l’accent sur la dernière syllabe. Par exemple, « tú tienes » devient « vos tenés », « tú vienes » se transforme en « vos venís ». Ce jeu de terminaisons rythme la conversation à Buenos Aires.
Face à toutes ces différences, il devient évident que l’espagnol parlé à Madrid et celui de Buenos Aires offrent deux univers linguistiques. Lequel des deux dialectes vous semble le plus accessible ? Rien de mieux qu’un test d’écoute pour mesurer où va votre oreille : comparez vos résultats entre la version espagnole et la version latino-américaine, et voyez comment vous vous en sortez. Désormais, que vous partiez avec vos « maletas » ou vos « valijas », vous aurez quelques clés pour naviguer dans la conversation locale, où que vous posiez vos valises.
Paul intervient ici pour Language Trainers, une plateforme qui propose des cours de langue personnalisés pour particuliers et groupes. Leur site regorge de tests de niveau gratuits et d’outils pour progresser : vous pouvez aussi les contacter directement pour en savoir plus sur leurs offres sur mesure.




