Localisation précise de la Martinique sur la carte du monde

Perdue au cœur des Petites Antilles, la Martinique s’étire fièrement sur les flots caribéens. Ce territoire ultramarin, département français, rassemble près de 386 000 habitants. Le français y règne officiellement, mais le créole antillais continue d’animer les conversations du quotidien, témoin d’une identité vivace. Malgré un indice de développement humain classé parmi les plus élevés à l’échelle mondiale, la Martinique se hisse au 24e rang selon les Nations Unies, l’île n’a pourtant pas été épargnée ces dernières années par des revers économiques et des épreuves écologiques qui pèsent lourdement sur la société locale.

Le ralentissement économique s’est notamment accentué sous l’effet de la conjoncture mondiale des prix du carburant depuis 2008. Les installations de raffinage et de forage pétrolier martiniquaises, confrontées à une compétition internationale féroce, n’ont pas réussi à s’adapter à la volatilité des marchés. Conséquence concrète : les exportations d’hydrocarbures, autrefois source de devises, se sont effondrées. Entre 2014 et 2015, la rentabilité a plongé, passant de +28 % à une perte de 7 %. L’économie locale, déjà fragile, s’est retrouvée en difficulté, ébranlée par cette chute vertigineuse.

Mais la Martinique doit aussi composer avec une crise d’un autre ordre, partagée avec sa voisine la Guadeloupe : la contamination au chlordécone. Ce pesticide, reconnu pour ses effets délétères sur le système hormonal, a longtemps été utilisé dans les plantations de bananes, notamment dans la région de Basse-Terre, à une centaine de kilomètres au nord de Fort-de-France. Selon Nicolas Diaz, biologiste du conseil régional de la Guadeloupe, « Le chlordécone est piégé dans la boue de l’estuaire et se libère à chaque tempête. Ce cycle risque de se perpétuer sur plusieurs générations. » La réalité, c’est un poison persistant, impossible à contenir.

Face à cette pollution, la France a engagé 33 millions de dollars entre 2008 et 2010 pour évaluer les dégâts et financer des recherches. Les scientifiques ont dressé un constat alarmant : le chlordécone s’est infiltré partout, dans l’alimentation, dans l’eau, jusque dans l’environnement le plus intime de l’île. Résultat : une recrudescence de maladies graves, à commencer par le cancer de la prostate. Les plus vulnérables sont en première ligne. Le professeur William Dab, à la tête du comité scientifique du plan Chlordécone Martinique et Guadeloupe, résume la situation : « Près de 80 000 personnes vivent sur des terres souillées et 13 000 ingèrent quotidiennement du chlordécone au-delà des seuils recommandés, simplement en mangeant leurs propres légumes. »

Les conséquences ne s’arrêtent pas là. Le secteur de la pêche subit lui aussi l’impact de cette pollution. Les stocks de poissons et de crustacés, homards compris, présentent des taux de chlordécone inquiétants. Pour limiter la casse, Victorin Lorel, ministre des Outre-mer en Martinique et originaire de Guadeloupe, a défendu un plan d’aide de 2,66 millions de dollars destiné aux pêcheurs martiniquais. Objectif : compenser les pertes immédiates et préparer l’avenir du secteur. Lorel s’engage par ailleurs à élaborer un nouveau plan pour soutenir durablement l’activité halieutique dans l’ensemble des Antilles françaises.

L’Union européenne s’est aussi mobilisée. Dans le cadre de ses ambitions pour l’Europe 2020, elle a débloqué près de 521 millions d’euros pour la Martinique entre 2014 et 2020. Cette enveloppe vise à moderniser les infrastructures, développer les énergies renouvelables, renforcer la formation des habitants les plus précaires et améliorer la qualité de vie. Réduire la pauvreté ne se limite pas à une question budgétaire : c’est un projet global, qui mise sur la résilience de toute une population.

Au-delà des financements publics, la solidarité prend forme à travers une multitude d’acteurs : associations, bénévoles, collectes alimentaires ou vestimentaires… Les initiatives se multiplient pour soutenir les Martiniquais et tenter de freiner la progression de la précarité. Ce foisonnement d’engagements dessine une dynamique collective, qui redonne un souffle à ce territoire ultramarin en quête d’équilibre.

, Joshua Ward

Photo : Flickr